Blocus à Uyuni. Combien de temps encore ?

Écrit par Cyril   
24-06-2009
 

Uyuni. Un nom qui fait quelque peu rêver, non ? Son Salar que nous avons traversé lors de notre tour de 4 jours et son village qui doit être accueillant pour les nombreux touristes qui y séjournent avant ou après avoir fait l'excursion dans le Salar. Nous ne nous doutions pas que nous y séjournerions une bonne semaine.

Uyuni, village à l'ambiance estivale ?

Un cauchemar soviétique. Cet adjectif, que j'ai trouvé sur un blog de voyage qualifiant Uyuni, est un peu exagéré, mais la réalité est bien différente de ce que nous en imaginions. Dès notre arrivée, déposé par le 4x4 devant notre hôtel, l'atmosphère qui règne dans les rues nous met mal à l'aise. Notre hôtel se situe dans la même rue que la gare, presque en face. Cette large avenue n'en est pas moins déserte de monde et si silencieuse.

En nous baladant dans ce village aux routes pour la plupart goudronnées, nous traverserons une place dominée par une sorte de clocher. Cette place est légèrement colorée, mais ça ne suffit pas à enjoliver les nombreuses grilles qui bordent inutilement tous les petits espaces terreux (à défaut d'être verts). De nombreuses petites boutiques bordent les rues, leur devanture n'est cependant pas réellement mise en valeur.

Notre hôtel nous plaisant moyennement, nous souhaitions partir à la recherche d'un autre qui pourrait être plus accueillant. Imaginer une court de prison, avec un balcon bordant l'étage supérieur et les cellules réparties le long des murs. Voilà, bienvenue à l'hôtel Avenida. Pourtant je ne me rappelle pas avoir fait quelque chose de mal ces derniers jours.

Nous entrons alors dans l'auberge de jeunesse de Uyuni. Les couloirs sont tellement sombres que même un hôpital serait bien plus accueillant. Malgré la présence d'une cuisine commune que nous n'avons pas dans notre univers carcéral, nous resterons dans notre cellule, bien moins chère au final.

Sans moyen de se préparer nous-même des plats chauds, nous allons prendre nos repas dans les quelques restaurants présents aux alentours de notre hôtel. Ici, pas le choix : c'est pizzeria ou rien d'autre. Tous les restaurants sont des pseudo restaurants italiens tenus par des locaux. Je voudrais bien savoir lequel a été le premier, l'original, car il n'y a alors aucune différence entre tous ceux que nous avons fréquenté. Cela commence par la décoration : il s'agit toujours d'une pièce dont les murs sont recouverts de photos panoramiques de villes boliviennes. Nous avions d'ailleurs déjà vu ça à Tupiza. Les mêmes photos agrémentées par des objets en bois de cactus. Les similitudes ne s'arrêtent pas là. La carte est identique dans tous les restaurants. Identiques seulement dans le contenu dans certains cas, et identiques sur la formes dans d'autres. Il n'y a que les prix, renseignés au crayon de papier qui soient différents sur un même document certainement photocopié. Au menu, pizzas, pattes et poulet frites. Nous connaissons la carte par cœur, à la page des pizzas, la première est toujours la 4 Saisons, etc. Aucune spécialité qu'un restaurant aurait de manière originale.

Dehors, un vent de sable rend la visibilité très réduite. De nombreux détritus jonchent le bord des rues. Dans une moindre mesure, cela me rappelle l'Inde. Une bien moindre mesure tout de même !

Tous les matins, l'église diffuse à l'aide de son haut parleur le discours d'un homme. Ce n'est pas tant le discours en lui même qui est dérangeant, je ne le comprends pas, mais bien le fait que le son est horriblement usé et ce sont des crachotements qui sont balancés à travers la ville. Heureusement, ça ne dure pas toute la journée. D'un autre côté, lorsque le silence règne dans cette ville, ça fait un peut étrange. Nous avons l'impression parfois (souvent ?) d'être dans un village fantôme, surtout du côté de notre hôtel pourtant située dans une relative grande avenue : le silence est rompu par un sac en plastique qui est déposé par un vent sourd.

Côté activités touristiques, ou plutôt devrais-je écrire "activité touristique", le Cimetière des Trains constitue l'unique attraction du village dédié finalement uniquement à partir en excursion. Ce cimetière, c'est tout simplement une décharge à ciel ouvert où rouillent un nombre impressionnant de wagons et locomotives entassées les unes sur/à côté des autres. Peut-être finalement que ce cimetière pourrait devenir le symbole de cette ville.

Des touristes, ici, il y en a. Et un bon paquet. Ce n'est pas l'intérêt de la ville qui les fait venir, mais bien le fait que ce soit un point de départ pour des excursions dans l'un des plus beaux paysages au monde. Certainement que la municipalité l'a pris en compte et ne fait pas beaucoup de choses pour améliorer les installations publiques. Ils s'en fichent, les touristes viennent quand même !

Pour nous relier au monde, Internet. La connexion est cependant très lente. Très très lente. Vous rappelez-vous des premiers modems 28k. Ben ça marchait mieux avec ça, car ici, en une heure et demie, bien qu'ayant réussi à faire quelques recherches sur le net, mais nous n'avons pas pu mettre à jour un article sur notre site, encore moins en publier un.

Pour renforcer ce sentiment de ville soviétique, la température des lieu est bien basse. Nous sommes sur un plateau, l'Altiplano, à une altitude cependant différente de celle de San Pedro de Atacama (2400 m). Nous avons d'ailleurs du mal à réaliser que nous sommes à une altitude finalement très élevée, mais le froid est là pour nous le rappeler : Uyuni est à 3600 mètres d'altitude. Nous nous camouflons donc dans les quelques vêtements plus ou moins adaptés que nous ayons. Plutôt "moins" d'ailleurs vu le caractère globalement estival que nous avons connu lors de ce tour du monde. La nuit, nous nous blottissons avec joie dans les 6 épaisseurs bordant nos lits : un drap, quatre couvertures, une couette. Les filles dorment en plus emmitouflées dans l'un de nos duvets !

Ayant planté le décors, devinez combien de temps nous y sommes restés ? La solution est dans le texte d'introduction de cet article : une bonne semaine, au moins, car à l'heure où j'écris ces lignes, nous y sommes encore !

Au début, nous souhaitions faire un petit break après notre excursion un peu fatigante dans le Sud Lipez et le Salar de Uyuni, nous avions prévu d'y rester 2, voir 3 nuits. Dans ce laps de temps, nous souhaitions également retourner une seule journée sur le Salar : lorsque nous l'avions foulé, une couche nuageuse nous avait un peu gâché ce moment tant attendu depuis des années. Puis lorsque nous nous sommes renseignés auprès des agences, nous avons compris entre les lignes qu'il y avait une sorte de blocus et que les excursions étaient momentanément annulée pour le lendemain et qu'il fallait donc prévoir un décalage d'une journée. Le lendemain, le sur-lendemain, etc. les agences étaient toutes fermées. Les agences, mais également toutes les boutiques, les agences de bus, la plupart des restaurants, etc. Tous sont fermés pour protester. Tous ? Sauf un restaurant d'irrésistibles Romains qui reste ouvert pour le plus grand bonheur des touristes... ou tout simplement pour leur santé. Cependant, sa porte est close, les pancartes rentrées, il faut juste savoir toquer discrètement pour entrer. Le blocus, causés par les locaux, prenait une forme autrement plus radicale que les mouvements sociaux généralement et fréquemment présents en Bolivie.

Dans les faits, aucun véhicule ne peut sortir de la ville de Uyuni. Sur tous les axes "routiers", des Boliviens font blocus avec briques de terre et branchage en travers de la route. Si une voiture approche, il se baisse pour ramasser quelques pierres. Surement pour passer le temps et apprendre à jongler, non ?

Nous sommes en quelques sorte les otages de cette crise sociale. Aucun 4x4 ne peut donc sortir de la ville pour réaliser un tour dans le Salar. Mais également aucun bus ne peut en sortir pour nous rendre dans une autre ville. Les touristes, pour la plupart backpacker comme nous, à la différence près que nous sommes apparemment les seuls avec des enfants..., se retrouvent dans la rue, sac sur le dos, échangeant les dernières informations au sujet du conflit.

"Nous avons pris une Jeep hier pour nous rendre à Potosi, mais avons rencontré un barrage à 20 km au nord de Uyuni. Le chauffeur a tenté de négocier, sans succès, nous voilà à nouveau ici."

"Un groupe a tenté de partir cette nuit avec un 4x4. Je ne les ai pas revu ce matin, ils ont certainement réussi à contourner les barrages."

Il se dit également que des mines auraient été posées hors des routes pour éviter les passages de ce genre. Maintenant, attention à la prolifération de rumeurs. Parmi les touristes, beaucoup jouent le contre-la-montre : leur avion pour le retour ne les attendra pas, ils tenteront donc de passer au plus vite.

Nous, nous avons le temps. Il nous reste 7 semaines avant notre retour en France et l'on peut attendre ici plusieurs jours supplémentaires. Nos occupations en cette période d'occupation sont pour Perrine et moi, l'écriture d'articles pour le site, et pour les filles de profiter de leurs jouets et des coloriages. Nous avons bientôt comblé notre retard en terme d'écriture, si ça continue, il va bientôt falloir que nous commencions l'écriture d'un roman de fiction, car tout ce que nous aurons vécu aura déjà été couché sur papier... enfin, sur disque dur. Les cartes postales, toutes écrites, ne peuvent être postées : le bureau de poste a, lui, définitivement fermé.

Depuis trois quatre jours donc, notre programme journalier se résume à :

Réveil, douche, petit déjeuner dans l'un des deux seuls restaurants que l'on connait d'ouvert, écriture/jeux, repas du midi au second restaurant, écriture/jeux/sieste, repas du soir au restaurant, dodo, tout cela saupoudré d'un froid quotidien glacial. A certains moment, nous échangeons avec les autres voyageurs sur la situation et prenons notre mal en patience.

Nous apprenons ainsi, plusieurs jours après le début du conflit l'objet de ce dernier : entre les villes de Oruro et Uyuni, c'est une piste non asphaltée. Un projet de route goudronnée viendrait d'être repoussé par le gouvernement de quelques dix années !

Nous patientons, mais dans cette ville où tout est fermé, nous pourrions aisément qualifier Uyuni de cauchemar soviétique.

Côté moral, ça va très bien. Nous nous sentons en relative sécurité dans notre hôtel. Aujourd'hui, les choses ont bien bougé dans le sens où il y a un grand défilé dans toute la ville des personnes protestant, avec quelques pétard (dynamite, pays minier oblige !) de temps en temps. Habituellement, les conflits de ce genre ne dure qu'une ou deux journées. Il est dit ici que les gens en ont vraiment marre de ne pas être écoutés et que le conflit est actuellement illimité dans le temps. Nous patienterons ici, sans tenter de forcer le passage. Il y aura bien une fin.

Photos de la ville de Uyuni lors du blocus

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Commentaires utilisateurs (1) Fil RSS des commentaires
Posté par Emmanuel, le 16-02-2016 01:51, , Invité
1. Et ça recommenca
Bonjour, 
Je me suis bien reconnu dans votre récit. je suis resté en Mai 2014 bloqué une semaine également. Le conflit était à ce moment sur l'emplacement du nouveau terminal de bus. A l'Est ou à l'Ouest? Les touristes ont finalement été évacués dans 2 cars mobilisés par bon coeur. 
Bonne route !
 

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