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Potosi : Mine de rien, c'est l'enfer

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Écrit par Cyril   
07-07-2009
 

Potosi est l'une des villes les plus hautes du monde, 4070 mètres, construite au pied du Cerro Rico, la "Montagne Riche", une montagne de minerai d'argent qui domine la ville de ses 4824 mètres.

On dit que la quantité d'argent extraite des mines de Potosi suffirait à construire un pont au-dessus de l'Atlantique pour relier Potosì à la péninsule ibérique, mais que les ossements de mineurs morts dans des accidents y suffiraient également. Près de 8 millions d'Indiens et d'esclaves y ont trouvé la mort depuis le début de son exploitation en 1545.

Aujourd'hui encore, des milliers de personnes travaillent dans ces mines afin d'y extraire de l'argent, du zinc, de l'étain et du plomb. Nous sommes allés à la rencontre de deux d'entre eux.

Contrairement à ce que semblent vivre les Sept Nains, le travail de mineur est très ingrat et quelque peu inhumain.

Le mineur n'est pas Joyeux et doit Simplement soulever, sans Grincher, son marteau pour le cogner sans Timidité contre le pieu, qui n'est pas celui du Dormeur, afin de casser dans les Profondeurs la roche dans l'espoir de trouver du minerai de valeur. "Atchoum" fait-il après avoir respiré la poussière.

Ces mines, toujours en activité, se visitent. Il ne s'agit pas d'un musée créé pour les touristes, mais bien d'une véritable mine vivante qu'il est possible de visiter à ses risques et périls. De nombreuses agences proposent un tour dans la mine, nous avons longuement hésité pour la sécurité de nos filles puis finalement avons opté pour une petite visite, un tour beaucoup moins long et dangereux que ceux habituellement proposés.

Aujourd'hui encore, près de 10 000 mineurs travaillent chaque jour dans ce gruyère aux 5000 entrées et plus de 20 000 tunnels. Nous sommes ainsi rentrés par l'une d'entre elles, dont le boyau de 1,50m nous conduit quelques dizaines de mètres plus loin vers un mineur en train de frapper avec un lourd maillet sur un pieu afin de casser la roche. Son objectif, trouver du minerai de valeur, idéalement de l'argent qui sera achetée par des sociétés étrangères spécialisées dans l'export de cette matière. Il lui faudra pour cela remonter près de 50 kilogrammes de roche de qualité pour espérer un salaire aléatoire de quelques 40 Bolivianos par jour (~ 4 €). Le premier mineur que nous rencontrons a 60 ans. Peu de mineurs ont eu la chance d'atteindre cet age. Surement parce qu'il a commencé tard le travail de mineur : à 20 ans. L'espérance de vie des autres mineurs est de seulement 45 ans dû à la respiration de la poussière et celle-ci descend à 35 années s'ils travaillent en présence d'arsenic se dégageant des roches. Les mineurs travaillent jusqu'à leur mort. Oh, il existe bien une retraite mise en place, mais personne n'atteint l'age nécessaire pour y avoir le droit... enfin presque : ces dernières années, un mineur avait atteint cet age, cela a fait la une des journaux.

L'age minimum légal pour y travailler est de 12 ans. Il y a encore beaucoup d'enfants qui y travaillent. Nous avons d'ailleurs vu quelques jours plus tard, a Sucre, le film documentaire The Devil's Miner qui raconte la vie d'un mineur Bolivien de 14 ans. On en ressort bousculé. Si vous avez l'occasion de le voir, c'est très touchant et montre en détail le travail inhumain que ces hommes réalisent 12 heures par jours, 6 jours sur 7.

J'ai bientôt 30 ans et imaginer que certains mineurs ont commencé ce travail alors que je naissais  peine et qu'ils n'ont pas fait autre chose que de taper sur un pieu ces 30 dernières années, pendant de longues journées, sans avoir eu l'occasion de faire autre chose de leur vie... c'est une notion qui me dépasse.

Les conditions de travail sont extrêmement mauvaises, il fait jusqu'à 40°C, l'atmosphère y est souvent irrespirable avec la poussière en suspension et les accidents sont très fréquents : au moins un par jour, trois parmi eux sont fatals chaque mois. Cela peut être une explosion mal gérée de dynamite, un éboulement ou tout autre cause survenant brutalement. Cela ne compte pas les morts dus à des problèmes respiratoires.

Avant d'entrer dans ces mines de l'enfer, nous sommes passés au Marché des Mineurs, sorte de petites boutiques vendant tout ce dont le mineur pourrait avoir besoin. Nous avons opté pour un sac plastique contenant diverses choses : quelques biscuits crackers, une dynamite, une mèche, et des feuilles de coca. Oui, tout ça librement, dans la rue. On aurait pu tout faire péter, mais on a préférer offrir ce sac au mineur. La dynamite est nécessaire au mineur afin qu'il puisse avancer plus rapidement dans sa quête. Mais elle est très cher pour eux, ils apprécient donc grandement qu'on leur en offre. Concernant la feuille de coca, c'est un peu le nerf de la guerre.Les mineurs en mastique tout au long de la journée, ça leur permet de rester éveiller en ne connaissant plus la fatigue, ça coupe la faim et leur permet ainsi de travailler leur 12 heures d'affilée, sans discontinuer !

La montagne appartient à l'État et les mineurs doivent payer une redevance afin d'être autorisés à exploiter ses richesses... enfin, ce qu'il en reste car elle a bien fait la richesse de l'Espagne, mais elle est déclarée épuisée depuis plusieurs décennies maintenant. Certains se sont regroupés en petites coopératives, mais ils sont très autonomes dans le travail quotidien, chaque mineur exploite un endroit qui lui est réservé. Généralement, un père embauche son fils dès qu'il a l'age légal. Ce métier se transmet de génératioin en génération, quel héritage !

Afin de les aider dans leur labeur, les mineurs adorent plusieurs dieux. Amérique latine oblige, ils croient en Jésus et une croix est ainsi placée dans chaque tunnel, près de la sortie de la mine. Ils vont également à la messe, mais paradoxalement, ils croient en deux autres dieux : Tio, le démon créateur des minéraux ainsi qu'à la Terre Mère. Il y a dans chaque mine une représentation de Tio et de la Terre Mère sous forme de statut de terre qu'ils vont chaque jour prier et qu'ils craignent. Ils leur font des offrandes régulières afin de ne pas attirer leur colère qui pourrait leur être fatale.

Alors que cinq minutes d'une marche plié en deux qui nous amène à quelques dizaines de mètres de l'air libre me rend quelque peut claustrophobe, imaginez ce que ressent un gamin de 14 ans emmené à 500 de dénivelé vers le bas de la montagne à plusieurs kilomètres d'un labyrinthe de tunnels dans lesquels il est impératifs de ne pas se perdre sous peine de ne plus jamais revoir le soleil. Pourtant, j'ai déjà fait de la spéléologie, à m'enfoncer sans problème sous terre à quelques centaines de mètres de l'entrée, mais ici, personne n'est à l'abri d'une erreur d'exploitation de la mine, d'un effondrement d'une partie de la mine ou d'une explosion de dynamite d'un tunnel avoisinant qui aurait des répercutions sur celui dans lequel on évolue.

Nous sommes contents de retrouver la lumière du soleil, celle que les mineurs ne peuvent voir. Et sommes bouleversés par cette activité que l'on imaginait ne plus être qu'un thème de roman historique.

Une de ces moments qui vous fait relativiser tout ces petits tracas de la vie quotidienne.

Photos de notre visite des Mines de Potosi

 

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Commentaires utilisateurs (1) Fil RSS des commentaires
Posté par SELLIER chantal, le 02-09-2009 19:39, , Invité
1. Mme
j'ai beaucoup aimé vos récits sur la partie bolivienne de votre voyage. J'ai eu la chance de voyager en bolivie en 2006 pendant 6 semaines trop court à mon goût mais j'y retournerai puisque j'ai la chance d'avoir un gendre bolivien qui vit en france mais dont la famille vit à COCHABAMBA. Merci de tous vos commentaires j'adore ce pays.
 

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